Regards croisés sur la QVCT dans le secteur sanitaire et médico-social
Cette journée 5ème journée d’étude et de rencontre est organisée par le réseau R2QVT en santé (Réseau de Recherche sur la Qualité de Vie au Travail en santé) et l’EUR Healthy de l’Université Côte d’Azur. Elle aura lieu le vendredi 22 mai 2026 à la MSHS sur le campus de Saint-Jean d’Angély à Nice.
Le Réseau R²QVT fédère des chercheurs, praticiens et institutions. Il développe un corpus de connaissances visant la transformation des environnements professionnels grâce à des données probantes et des méthodologies innovantes. C’est donc un levier puissant pour répondre aux enjeux contemporains du travail en termes de Qualité de Vie et conditions de Travail des salariés et professionnels du secteur de la santé. Il s’appuie sur une approche à la croisée de la recherche fondamentale et de la recherche action. Depuis 5 ans, il rassemble une vingtaine de laboratoires et chaires universitaires de recherche de différentes disciplines (psychologie, sociologie, droit, management, ergonomie...) et propose aux académiques et aux professionnels de se rencontrer annuellement pour croiser leurs regards sur la QVCT dans le secteur sanitaire et médico-social.
Conceptuellement, la QVCT se nourrit de deux traditions originelles différentes. Une perspective initialement nord-américaine s'y intéresse en tant que "processus psychologique d’évaluation subjective multidimensionnelle des objectifs professionnels ayant une résonance par-delà le travail et l’individu" (Martel & Dupuis, 2006, Mirvis et Lawler, 1984). Ainsi, la QVCT "résulterait en conséquences positives pour l’employé et son organisation" et serait le fruit d'un ajustement de l'individu "au contexte organisationnel et de travail déterminé à la fois par ses caractéristiques, par l’organisation du travail et le contexte organisationnel" (Burakova et Leduc, 2014).
Une seconde tradition, d'origine nord-européenne, la décrit comme un processus social collectif de démocratie organisationnelle, conduisant à l'accord des acteurs sur les conditions de la réalisation du travail. En France, cette approche de la QVCT comme "objet de dialogue social" inspire depuis longtemps l'ANACT et se retrouve dans le récent ANI de 2020, qui la définit comme "un processus d’appropriation continue (...) une démarche d’entreprise pragmatique et progressive" (ANI du 9 décembre 2020) qui répond à :
- une ambition conjointe : améliorer le travail dans le but de développer la santé des personnes au travail et contribuer à la performance globale (opérationnelle, économique, sociale et environnementale) de l’organisation,
- un périmètre d’action : 6 grands thèmes relatifs au travail et ses conditions de réalisation, à traiter progressivement, en faisant des liens entre-eux,
- des éléments de méthode incontournables pour installer une démarche QVCT adaptée à la structure, favoriser la participation de tous et expérimenter concrètement de nouvelles façons de travailler."
Ces deux abords de la QVCT semblent parfois s'opposer autant que se compléter, par leurs dimensions individuelles et subjectives à satisfaire versus leurs dimensions collectives et sociales à co-construire. Ces deux approches appellent des stratégies et des dispositifs multiples de gestion de la QVCT, et de prévention des risques liés au travail pour promouvoir la santé au travail, dont on sait depuis les travaux comme ceux de Karasek et Theorell (1990), l’importance de l’équilibre entre les exigences du travail et les ressources disponibles pour prévenir les risques psychosociaux. Dans ce même registre, des recherches plus récentes, comme celles de Lowe (2010), ont élargi cette perspective en intégrant justement des dimensions organisationnelles et managériales. La QVCT y est décrite comme un processus dynamique, influencé par l’autonomie et la capacité d’agir des salariés, la reconnaissance et la justice organisationnelle, l’équilibre vie professionnelle/vie privée, ou encore la santé physique et mentale au travail.
Le réseau R²QVT s’inscrit dans cette vision en regroupant des acteurs de différentes disciplines afin de discuter des outils concrets pour évaluer et améliorer ces dimensions, en s’appuyant sur des études transversales et longitudinales et des retours terrain. Son action rappelle que la QVCT n’est pas un luxe, mais un levier de performance globale, comme le démontrent des méta-analyses récentes liant bien-être et productivité (Harter et al., 2020).
Cette journée d’étude vise à favoriser la rencontre, les échanges et la confrontation d’idées entre acteurs du secteur sanitaire et médico-social (agences régionales de santé, soignants, éducateurs, managers, etc.), apprentis de direction, experts, consultants et chercheurs ayant des ancrages épistémologiques et disciplinaires différents autour de problématiques de santé au travail.
Elle sera l’occasion de faire un focus sur l’impact des technologies numériques sur la Qualité de Vie et les Conditions de travail dans le secteur sanitaire et médico-social, faisant écho à la thématique des webinaires proposés en cette année 2025-2026 par le R²QVT. Les communications pourront notamment s’inscrire dans les questionnements suivants (liste non exhaustive) :
Quels effets les technologies numériques produisent-elles sur les activités réelles de travail (charge de travail, organisation temporelle, coordination, marges de manœuvre) ?
Comment les technologies numériques transforment-elles le sens du travail, les relations professionnelles et le rapport au soin ou à l’accompagnement ?
Quelles tensions entre exigences organisationnelles, "prescriptions technologiques" et travail réel émergent avec la numérisation des activités ?
Quelles conditions d’appropriation ou de conception des technologies favorisent une amélioration durable de la QVT ?
Quel rôle pour les acteurs (professionnels, encadrement, institutions, chercheurs) dans l’accompagnement des transformations numériques du travail ?
Au-delà de cette thématique phare, cet appel à communications, comme pour toutes les journées d’étude et de rencontre du R2QVT en santé, reste ouvert à toutes les communications relatives à la santé au travail dans les établissements sanitaires et médico-sociaux, et à toutes les personnes souhaitant présenter des résultats issus de travaux de recherche scientifique ou des témoignages d’expériences vécues dans ce champ.
BIBLIOGRAPHE
ANACT (2020). Qualité de vie au travail : définitions et enjeux.
Burakova, M., & Leduc, S. (2014). Risques psychosociaux, Qualité de vie au travail : Opposition ou complémentarité ? De la prévention à la promotion de la santé au travail. In C. Lagabrielle, & S. Laberon (eds.) Santé au travail et risques Psychosociaux : Tous Préventeurs ? (pp.63-76). L’Harmattan: Paris.
Karasek, R. A., & Theorell, T. (1990). Healthy Work: Stress, Productivity, and the Reconstruction of Working Life. New York: Basic Books.
Lowe, G. S. (2010). Creating Healthy Organizations: How Vibrant Workplaces Inspire Employees to Achieve Sustainable Success. Toronto, ON: University of Toronto Press.
Harter, J. K., et al. (2020). The Relationship Between Engagement at Work and Organizational Outcomes. Meta-analysis ; 10th edition : Gallup.
Martel, J.-P. et Dupuis, G. (2006). Quality of work life : Theoretical and methodological problems, and presentation of a new model and measuring instrument. Social Indicators Research, 77 (2), 333-368.